Dix ans. C’est le temps qu’Hirohiko Araki a mis pour boucler JoJolion, la huitième partie de JoJo’s Bizarre Adventure – soit presque autant de temps que les parties 1 à 5 réunies. Avec 110 chapitres, 27 volumes et plus de 4 600 pages, cette saga dépasse tout ce que la franchise avait produit avant elle. Voici ce qu’il faut savoir pour s’y retrouver.
Josuke Higashikata, le protagoniste sans mémoire de la partie 8
Josuke Higashikata est le huitième JoJo de la série – mais attention, il n’a aucun lien avec le Josuke de la partie 4. Même prénom, univers différent. Celui de JoJolion a 19 ans, souffre d’amnésie complète, et a été retrouvé à moitié enterré dans le sol de Morioh par une jeune femme prénommée Yasuho Hirose. Pas de passeport, pas de souvenirs, pas d’identité.
Son histoire biologique est l’une des plus tordues de toute la franchise. Josuke n’est pas un individu ordinaire : il est le résultat d’une fusion entre deux hommes, Josefumi Kujo et Yoshikage Kira, dont des parties du corps ont été échangées et mêlées. Cette fusion a donné naissance à un être nouveau, portant des caractéristiques physiques des deux – et une conscience fragmentée, incapable de se souvenir de qui il était avant.
C’est Yasuho qui lui a donné son prénom. La raison est à la fois touchante et absurde : il lui rappelait son chien, qui s’appelait Josuke. Araki assume cette bizarrerie narrative sans ciller, et c’est précisément ce genre de détail qui donne sa texture particulière à la partie 8. L’identité de Josuke devient le fil rouge de toute la série : qui était-il avant ? Qui est-il maintenant ? Ces questions ne trouvent pas de réponse simple avant les derniers chapitres.
Soft & Wet et les Stands de JoJolion : que faut-il savoir?
Le Stand de Josuke s’appelle Soft & Wet – une référence au titre d’une chanson de Prince, comme beaucoup de Stands dans JoJo. C’est un Stand humanoïde au design mécanique et naval, doté d’une capacité centrale très spécifique : il génère des bulles de savon capables de « voler » des propriétés à des objets ou des êtres vivants.
Concrètement, cela signifie que Soft & Wet peut dérober à une surface sa texture, à un individu sa vue, à un sol son adhérence. Les possibilités sont larges et Araki les exploite avec une inventivité constante tout au long de la série. Ce Stand était initialement celui de Josefumi Kujo avant la fusion, ce qui ajoute une couche de complexité : Josuke utilise un pouvoir qui ne lui appartient qu’à moitié.
JoJolion recense au total 31 Stands, ce qui en fait l’une des parties les plus denses de ce point de vue. Parmi les plus notables figurent Wonder of U, le Stand antagoniste principal, dont la capacité – infliger des « calamités » à quiconque tente de poursuivre son porteur – s’avère particulièrement difficile à contrer. La partie joue beaucoup sur des pouvoirs aux mécaniques inhabituelles, loin des affrontements physiques directs que l’on trouve dans les premières parties de la franchise.
Quand se déroule JoJolion et où l’action prend-elle place?
L’action se situe en 2011, au Japon, dans la ville côtière de Morioh. Ce n’est pas la première fois qu’Araki utilise ce nom – la partie 4 se déroulait déjà dans une Morioh – mais il s’agit ici d’une ville différente, appartenant à un univers différent. Cette Morioh est directement inspirée de Sendai, la ville natale d’Hirohiko Araki, dans la préfecture de Miyagi.
Le choix de l’année 2011 n’est pas anodin. Le séisme du Tōhoku, survenu le 11 mars 2011, et le tsunami qui a suivi ont dévasté la côte Pacifique du Japon. Morioh, dans JoJolion, porte les cicatrices de cette catastrophe : des failles dans le sol, des quartiers dévastés, une géographie urbaine profondément perturbée. C’est justement dans l’une de ces failles que Yasuho découvre Josuke.
Araki intègre ainsi un événement réel et douloureux comme fondation narrative, sans en faire un décor pittoresque. Le séisme fonctionne comme une métaphore du personnage principal : quelque chose d’enfoui, déterré, dont on ne comprend pas encore la nature exacte. C’est une écriture géographique et temporelle rare dans le manga seinen, qui mérite d’être soulignée.
JoJolion est-il fini?
Oui, JoJolion est terminé. Le chapitre 110, dernier de la série, a été publié dans l’Ultra Jump le 19 août 2021. La conclusion a mis fin à dix années de parution mensuelle, avec un dénouement qui règle la question de l’identité de Josuke et clôt l’arc autour de la famille Higashikata.
Pour celles et ceux qui souhaitent continuer dans cet univers, la suite directe est disponible. La partie 9, intitulée The JOJOLands, a débuté le 17 février 2023 dans le même magazine, l’Ultra Jump. Elle met en scène un nouveau protagoniste dans un nouveau cadre géographique, tout en restant connectée à l’univers alternatif inauguré par la partie 7.
Pourquoi JoJolion a-t-il pris 10 ans à paraître?

La réponse tient en un mot : le rythme. Depuis Steel Ball Run, Araki publie en mensuel et non plus en hebdomadaire. Ce changement de cadence n’est pas éditorial – il est médical. Dans une interview accordée en 2007, Araki a expliqué avoir subi une opération pour une gastro-entérite et avoir pris conscience que le rythme hebdomadaire usait son corps à un point qu’il ne pouvait plus assumer.
Passer à une publication mensuelle, c’est produire environ 45 à 50 pages par mois au lieu de 19 à 20 pages par semaine. Mathématiquement, cela ralentit la parution d’une série mais préserve la santé de l’auteur – et probablement la qualité du travail. JoJolion a aussi connu quelques pauses ponctuelles au fil des années, liées à l’état de santé d’Araki, sans que ces interruptions soient jamais très longues.
Avec 10 années de sérialisation, JoJolion dépasse le record que Steel Ball Run détenait jusqu’alors : la partie 7 avait pris 7 ans et 24 volumes pour arriver à son terme. Ce n’est donc pas un retard ou une dérive éditoriale, mais la conséquence logique d’un auteur qui choisit de durer plutôt que de se consumer.
Volume et structure de la série : combien de tomes compte JoJolion?
JoJolion compte 27 volumes en édition reliée, couvrant les 110 chapitres publiés entre mai 2011 et août 2021 dans l’Ultra Jump. En termes de pages, la série dépasse les 4 600, ce qui en fait l’œuvre la plus volumineuse d’Araki sur une seule partie.
Voici les données structurelles clés de la série :
- Magazine de prépublication : Ultra Jump (Shueisha)
- Dates de publication : 19 mai 2011 – 19 août 2021
- Nombre de chapitres : 110
- Nombre de volumes tankōbon : 27
- Nombre de pages : plus de 4 600
- Durée de sérialisation : 10 ans
La série a été récompensée dès 2013 : elle a remporté le Grand Prix manga au Japan Media Arts Festival, une distinction qui salue aussi bien la qualité graphique que la cohérence narrative. En 2021, année de sa conclusion, Araki a également reçu le Prix Spécial d’Iwate en manga pour sa contribution à la culture de la préfecture – une reconnaissance régionale qui souligne l’ancrage géographique de son œuvre.
Les parties 7, 8 et 9 de JoJo sont-elles liées entre elles?
Oui, et c’est une distinction fondamentale pour comprendre JoJolion. Les parties 1 à 6 de JoJo’s Bizarre Adventure forment un premier univers cohérent, avec une continuité narrative reliant Jonathan Joestar à Jolyne Cujoh. À partir de la partie 7, Steel Ball Run, Araki repart de zéro dans un univers alternatif – distinct du premier, avec ses propres règles, ses propres versions des personnages et ses propres enjeux.
Steel Ball Run, JoJolion et The JOJOLands partagent donc le même univers dit « alternatif », parfois appelé « Steel Ball Run universe » ou simplement « SBR universe » par les lecteurs. Les personnages qui portent des noms familiers – un Kira, un Higashikata, un Joestar – ne sont pas les mêmes individus que leurs homologues des parties précédentes, même si des parallèles existent.
Ce choix permet à Araki de jouer sur la familiarité sans être prisonnier de la continuité. Un lecteur qui arrive directement à la partie 7 peut tout comprendre sans avoir lu les six premières. Les trois parties de cet univers alternatif fonctionnent comme un cycle indépendant, avec ses propres thèmes – identité, héritage, destin – qui se répondent d’une série à l’autre.
JoJolion reste la partie la plus dense et la plus longue jamais publiée par Araki
Dix ans de parution, 27 volumes, plus de 4 600 pages : ces chiffres parlent d’eux-mêmes, mais ils ne disent pas tout. Ce qui frappe dans JoJolion, c’est la densité de sa construction. Araki n’y développe pas une intrigue linéaire mais un réseau de mystères imbriqués – l’identité de Josuke, les secrets de la famille Higashikata, la nature des « Roches Patients » et leur lien avec un fruit miraculeux censé guérir toutes les maladies.
Cette ambition narrative a parfois divisé le lectorat. Certains arcs sont lents, certains rebondissements prennent des mois à se déployer. Mais cette densité est précisément ce qui distingue JoJolion de ses prédécesseurs : la partie 8 fonctionne davantage comme un roman feuilleton que comme un shōnen à l’enchaînement d’arcs rapides. Pour un seinen publié dans l’Ultra Jump, c’est une cohérence de ton assumée.
Dans la carrière d’Araki, JoJolion occupe une place singulière. C’est l’œuvre dans laquelle il a consacré la plus grande portion de ses années d’auteur actif – entamée quand il avait 51 ans, conclue à 61 ans. Elle porte les marques d’un mangaka qui ne cherche plus à séduire rapidement, mais à construire quelque chose qui tient sur la durée. Dix ans après ses débuts, la ville de Morioh s’est refermée sur ses secrets – et le lecteur a eu tout le loisir d’apprendre à les chercher.